Pouvez-vous vous présenter en quelques mots, quel est votre parcours ?

Adèle : Je suis en Master 2 de Cinéma à Nanterre où j’écris un mémoire de recherche sur l’œuvre de Pasolini. J’ai rencontré Johanna à l’option cinéma de notre lycée.

Johanna : Je termine un Master 2 en cinéma anthropologique et documentaire à Nanterre que je fais sur le sujet des formations de coiffures.

Comment vous est venue l’idée de faire ce film ?

Adèle : L’idée est d’abord venue de Johanna, puis elle m’a proposé de faire le film avec elle, ce que j’ai accepté immédiatement !

Johanna : En tant que femme noire et jeune réalisatrice, j’ai toujours trouvé qu’il y avait quelque chose de cinématographique dans la coiffure africaine et dans les scènes de vie des salons de coiffure. Lorsque j’ai rencontré Anna Tjé de la revue Atayé, elle m’a parlé du deuxième numéro de sa revue dont le thème était « Don’t Touch my hair », je lui ai immédiatement proposé un projet de documentaire.

Adèle et Johanna : Le titre en revanche et le fil conducteur nous est venu du mythe de Méduse dans Les Métamorphoses d’Ovide. Capable de changer en statue de pierre quiconque la regarde, Méduse devint dès lors redoutée des hommes et des dieux. Ce mythe était, selon nous, la meilleure métaphore de notre film qui aborde la question des cheveux pour montrer comment la beauté des femmes noires semble « pétrifier » la société dans laquelle nous vivons. De plus, il était intéressant d’introduire dans notre titre la notion de mythe, autrement dit toutes les histoires et les légendes, vraies ou fausses, qui se racontent autour des cheveux afro. Voici donc la genèse de notre court métrage.

 Votre film est très percutant, mais si rare comment expliquer vous que ce genre de film soit si peu visibles ?

Johanna et Adèle : Il existe de nombreux film sur le sujet mais en effet très peu en France. Je pense qu’il est difficile de financer ce genre de projet en France, les institutions pensent encore que ce genre de thèmes ne parlent pas à une grande audience. Mais on y arrive petit à petit avec internet.

Quelles ont été les principales difficultés ?

Johanna et Adèle : La plus grande difficulté a sûrement été de financer notre film puis de le diffuser. En effet, nous n’avons pas attendu de trouver de l’argent pour réaliser le documentaire par peur de perdre notre énergie et de ne jamais trouver de producteur. Nous nous sommes lancées seules et nous nous sommes autoproduites complètement. Le problème c’est que du coup il est difficile de diffuser un tel projet qui n’a pas été soutenu dès le départ par une maison de production. C’est un système qui se mord la queue.

Que conseillerez-vous de faire à celles et ceux qui ont vu votre film et voudraient en réaliser un aussi ?

Johanna et Adèle : Faites des films, n’ayez pas peur de ne pas être diffusé. Il y a un public pour tout et il ne faut pas attendre que les grandes institutions vous acceptent pour exister.

Quels sont vos futurs projets ? Y aura t-il une suite du court métrage?

Johanna et Adèle : Nous avons tourné un deuxième documentaire en décembre 2017 au Sénégal sur une femme, Diatou Diop. Après 20 ans passé en Europe et aux Etats-Unis à travailler dans une multinationale, elle a tout quitté pour créer sa propre communauté autosuffisante à une heure de Dakar près de sa ville natale. Le projet est en cours de montage. Nous avons ensuite d’autres projets en cours, Johanna notamment est en train de réaliser un documentaire sur la formation de coiffure en France où il n’y a, pour le moment, pas de formation pour coiffer le cheveu crépu. Ce documentaire peut aussi être vu aussi comme une suite de notre court métrage mais pris sous un angle différent !

Merci d’avoir répondu à cette interview, on se revoit très vite sur Marseille où votre documentaire sera diffusé le 7 juin 2018 à 19h au Vidéodrome. Cette projection aura lieu dans le cadre de la Quinzaine Féministe organisée en partenariat avec le Planning Familial du 13.

Fait par BAHAM ARTS

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